Il y a des semaines où l'on sent qu'un standard commence à vieillir. Celle-ci en fait partie.
Au Roc d'Azur, Van Rysel, la marque performance de Decathlon, a présenté son tout premier VTT. Un premier VTT, c'est déjà une nouvelle. Mais celui-là roule directement en 32 pouces.
Et mon 29 pouces, qui n'avait rien demandé à personne, vient de prendre un sacré coup de vieux.
Le Van Rysel RCR-XC, ce qu'on en sait vraiment
Je vais être honnête : pas grand-chose. Van Rysel n'a publié ni fiche technique complète, ni géométrie, ni prix.
On sait que le RCR-XC est un tout suspendu carbone de cross-country, avec une fourche de 130 mm. RockShox fournit une SID adaptée au 32 pouces, une fourche qui n'existait pas il y a peu. Les roues sont signées Zipp, les pneus Vittoria.
La marque annonce un cadre 230 grammes plus léger, en taille M, que le Rockrider Race 940 S en 29 pouces utilisé jusqu'ici par l'équipe Decathlon Ford. Oui, Decathlon a battu Decathlon. Belle performance.
Le vélo sera d'abord réservé aux pilotes de l'équipe pour la Coupe du monde 2027 : Luca Martin, Samara Maxwell et Savilia Blunk. La date de commercialisation sera « annoncée plus tard ».
Bref, tout le monde parle d'un VTT que personne ne peut acheter. Le marketing moderne dans toute sa splendeur.
L'aéro en VTT, ou l'art de lutter contre le vent sous les arbres
Le plus bel argument, je l'ai gardé pour ici. Van Rysel annonce 15,5 watts économisés en soufflerie par rapport au vélo de l'équipe en 2026. À 35 km/h.
35 km/h en cross-country. Sur mes sorties, à cette vitesse, je suis généralement en descente, en train de regretter mes choix de vie.
Pour être juste, c'est une logique de course. Les pros vont vite, et la marque a épluché les données de Coupe du monde depuis les JO de Paris. Par contre, elle ne précise pas quelle part du gain vient du cadre, des roues, du cockpit ou de la position du pilote. Une position plutôt allongée, d'ailleurs, avec un cintre très négatif pour compenser l'avant plus haut. Le confort, on verra plus tard.
26, 27,5, 29... et maintenant 32
Ceux qui roulent depuis un moment connaissent la chanson. Le 26 pouces a régné pendant des décennies. Puis le 27,5 est arrivé, présenté comme le compromis idéal. Puis le 29 a tout emporté, et le 26 a quitté les catalogues.
À chaque fois, il a fallu de nouveaux cadres, de nouvelles fourches, de nouvelles roues, de nouveaux pneus. Et quelques nouveaux entraxes de moyeux, tant qu'on y était (une pensée pour les roues « non Boost » qui prennent la poussière au garage).
Le 32 pouces suit le même scénario, et il avance vite. L'UCI a confirmé qu'elle ne limiterait pas le diamètre des roues. En juin, l'équipe Thömus Maxon a aligné les premiers 32 pouces en Coupe du monde, et Alessandra Keller a pris la troisième place du short track de Lenzerheide. En septembre, Andreas Seewald est devenu champion du monde de marathon sur un prototype KTM. Trek et Canyon ont montré leurs prototypes. Van Rysel suit.
Quand les podiums tombent, les catalogues suivent. C'est mathématique.
Le retour sur terre : un test russe de 54 minutes
Pour voir ce que ça donne loin des souffleries, j'ai regardé le long test publié par la chaîne YouTube russe Velostrana. Son auteur a roulé une semaine sur un Welt 32, un semi-rigide alu prévu pour 2027 et vendu environ 120 000 roubles. Il l'a comparé à un trail en 29 pouces de la même marque.
Ce n'est pas un vélo de Coupe du monde. C'est justement ce qui m'intéresse : c'est le genre de 32 pouces qui risque d'arriver un jour chez votre vélociste.
Premier constat : l'encombrement. Avec son cintre de 780 mm et près de deux mètres de long, le vélo a occupé deux places dans le train de banlieue.
Deuxième constat : l'écosystème ne suit pas encore. Son compteur GPS n'accepte pas plus de 2 500 mm de circonférence de roue. Celle du 32 pouces fait 2 540 mm. Le testeur a aussi dû retendre des rayons livrés franchement mous, puis passer trois à quatre heures à installer une tige de selle télescopique dans des passages de gaine mal finis.
Côté poids, rien de dramatique : 13,87 kg en stock. La roue avant de 32 pèse même 2 400 g, contre 2 510 g pour celle du 29. Précision honnête : la grande roue était montée sans chambre, avec un pneu plus léger.
Les chronos ne mentent pas (enfin, presque)
Sur un trajet urbain de 7 km, le 32 pouces gagne. Environ une minute et demie de mieux et 1,5 km/h de moyenne en plus, pour un effort ressenti identique. Une fois lancée, la grande roue garde son élan.
En montée, c'est l'inverse. Sur trois passages, le 29 pouces met entre 1'31 et 1'56. Le 32 pouces, entre 1'58 et 2'05. Il faut relancer cette grosse roue à chaque coup de pédale, et ça se paie.
En descente technique, le 29 gagne aussi : 2'04 contre 2'18 sur la descente complète. Même si le pilote avoue s'être bien plus amusé sur le 32.
Et mon chiffre préféré. À pied, en poussant le vélo, le 32 pouces monte la côte en 2'41, contre 2'46 pour le 29. La grande roue est donc officiellement plus rapide quand on ne pédale pas. J'offre l'argument aux services marketing.
La conclusion du testeur est sans ambiguïté. Aujourd'hui, le 29 pouces reste objectivement meilleur. Il voit ce 32 comme un produit à moitié fini, attachant, mais réservé aux curieux prêts à financer les débuts d'un nouveau standard.
Pour (re)faire le point sur les diamètres, vous pouvez relire mes guides sur les diamètres de roues en VTT et sur la roue de 29 pouces.
