Le dérailleur a fait de la résistance pendant des décennies. À Eurobike 2026, deux fabricants ont décidé qu'il avait assez duré.
Avinox (la filiale vélo de DJI) et le chinois Gobao ont dévoilé presque en même temps leur moteur à boîte de vitesses intégrée. La techno s'appelle E-CVT. Et si elle tient ses promesses, elle pourrait changer la tête de nos VTTAE.
L'E-CVT, c'est quoi au juste ?
E-CVT, ça veut dire transmission à variation continue pilotée électroniquement.
Traduction : une boîte automatique logée dans le moteur, à la place du dérailleur et de la cassette.
Au lieu de rapports fixes, le système fait varier le ratio en continu. Il garde votre cadence et ajuste tout seul, selon la pente et le terrain. Vous pédalez, il s'occupe des vitesses. Vous ne sentez même pas les changements.
Et comme il n'y a plus de dérailleur qui pendouille à l'arrière, plus rien à exploser sur une pierre au pire moment. C'est-à-dire toujours au pire moment.
Deux prototypes, zéro vélo à vendre
Attention à ne pas s'enflammer : on parle de prototypes.
Chez Avinox, le bloc s'appelle le MG Concept. Il fusionne moteur et boîte dans un seul carter, annonce 150 Nm et 1 500 W de pointe, et un changement de rapport en moins de 0,1 seconde. La marque l'a montré avec Canyon, Commencal, Mondraker et Forbidden. Mais aucun n'est en vente, et Avinox parle d'un à deux ans avant une version vraiment roulante.
Chez Gobao, c'est le X1P. Même couple, même puissance de pointe, transmission par courroie. Et un argument qui parle au frileux de la panne : une charge rapide qui remplirait une batterie 750 Wh de 10 à 80 % en vingt minutes. Le bloc pèse 3,8 kg à lui tout seul.
Détail savoureux : Gobao emploierait plusieurs anciens d'Avinox. Et sur le salon, c'est un peu l'outsider chinois qui a volé la vedette au géant. L'élève qui dépasse le maître, ou du moins qui essaie.
Ce que ça changerait sur le terrain
Sur le papier, les bénéfices sont concrets.
Plus de dérailleur, c'est moins de masse non suspendue à l'arrière et un poids ramené vers le centre du vélo. La cinématique de la suspension adore ça.
Dans les passages cassants, changer de rapport sans couper l'assistance, ça change la vie. Fini le « je relâche, je passe la vitesse, je relance » qui vous fait caler pile dans la montée raide.
Pour les débutants, plus besoin de deviner le bon rapport avant la bosse. Le système s'en charge.
Par contre, ne rangez pas votre dérailleur tout de suite
Parce qu'il y a des « mais ».
Un bloc pareil, c'est lourd. On gagne en centralisation, pas forcément en poids total. Ne revendez pas votre transmission en pensant alléger votre monture.
L'autre inconnue, c'est le rendement. Les critiques sur ce type de système visent le calage électronique, les pertes d'efficacité et la réactivité à la remise des gaz. Une E-CVT mal réglée, ça peut traîner.
Et puis tout est électronique et fermé. En rando à trois vallées de la première boutique, un dérailleur mécanique se répare avec un multioutil et un peu de mauvaise foi. Une boîte pilotée, beaucoup moins.
Faut-il attendre ?
Pour moi, pas d'urgence.
Si votre VTTAE actuel vous convient, gardez-le. L'E-CVT est prometteuse, mais c'est encore une promesse : testée par personne sur la durée, produite en série par personne.
Si vous êtes sur le point de lâcher un gros budget, en revanche, ça vaut le coup de surveiller les premiers modèles de série. Dans deux ans, on en reparlera autrement.
Moi, j'attendrai d'en avoir un sous les fesses avant de vous dire si ça tient vraiment la route. Promis, dès que j'en croise un, je vous en reparle.
