C'est fait. Le tribunal de commerce de Dijon a ouvert ce mardi 25 août la procédure de redressement judiciaire que Cycles Lapierre avait demandée le 5 août.
Je vous avais laissé sur cette échéance dans mon décryptage du 6 août. Voilà la réponse.
En l'état, c'était la meilleure nouvelle possible.
Ce que le tribunal a accordé
La demande déposée le 5 août portait bien sur l'ouverture d'un redressement, pas sur une liquidation. Le tribunal a suivi.
Concrètement, l'activité continue. Les salariés restent en poste, les contrats de travail ne sont pas suspendus. Les dettes antérieures sont gelées et l'entreprise travaille désormais sous le contrôle du tribunal.
Le procureur de Dijon, Olivier Caracotch, a confirmé à l'AFP l'ouverture de la procédure et la fixation d'une première période d'observation de six mois.
Retenez le mot « première ». Six mois, c'est le maximum légal pour une période d'observation, mais elle est renouvelable une fois. Autrement dit, l'échéance de février n'est pas forcément un couperet.
À la sortie de l'audience, William Perrier n'a pas fait de triomphalisme. Une étape de passée sur laquelle il espère capitaliser, et surtout la possibilité de regarder devant et de construire plus sereinement. Sur les repreneurs, il est resté volontairement vague : plusieurs types d'investisseurs, des pistes qu'il sera intéressant d'ouvrir. Rien de plus.
Traduction : rien n'est réglé. Mais le chrono repart.
La feuille de route annoncée
La direction a détaillé sa méthode en quatre temps. Stabiliser l'entreprise, bâtir un plan d'affaires crédible fondé sur la rentabilité, retrouver une autonomie juridique et opérationnelle, puis accélérer la recherche d'un repreneur capable d'apporter des fonds propres.
L'ordre a du sens. Personne ne met un centime dans une société dont on ne sait pas encore précisément ce qu'elle possède en propre.
C'est d'ailleurs le point le plus lourd de la liste : trente ans dans le giron d'Accell, ça laisse des cordons ombilicaux partout. Informatique, achats, logistique, systèmes commerciaux. Il va falloir tout re-brancher en interne, en quelques mois, sans trésorerie de groupe derrière.
Et cette fois, il n'y a plus d'ambiguïté sur la situation de la maison mère. Le 5 août, Accell avait obtenu un sursis de paiement provisoire, ce qui n'était pas une faillite. Le tribunal d'Amsterdam a prononcé le 11 août la faillite de six sociétés néerlandaises du groupe. Dijon ne se détache pas d'un actionnaire fragile : elle se détache d'un actionnaire qui n'existe plus.
Sur ses équipes, Perrier a eu une formule juste : l'inquiétude des salariés est légitime, mais leur savoir-faire est justement l'une des principales raisons pour lesquelles un investisseur peut croire à Lapierre. Dans ce type de dossier, ce qui se vend, ce sont les compétences et le réseau. Pas les murs.
« Dernière marque française » : remettons les mots en place
J'ai vu passer la formule un peu partout ce matin. Elle est approximative.
Lapierre appartenait à 100 % au néerlandais Accell depuis 1996. C'est une marque française par son nom, son site dijonnais et ses équipes, pas par son capital. Une bonne partie de la production sortait d'ailleurs d'usines du groupe hors de France.
Ce n'est pas un détail comptable. C'est exactement ce que la procédure cherche à corriger : redevenir française par le capital autant que par l'adresse.
Et il reste d'autres constructeurs français bien vivants. La phrase fait un joli titre, elle ne résiste pas à trois minutes de vérification.
Ce qui est exact, en revanche, et qui suffit largement : 1946, 80 ans cette année, 106 collaborateurs, 99,1 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025, plus de 800 revendeurs. Pas besoin d'en rajouter.