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Accell (Lapierre, Haibike, Ghost) placé sous protection judiciaire

Ce que l'on sait vraiment

Publié le 06 Aoû 2026
Lecture 8 min de lecture
Accell (Lapierre, Haibike, Ghost) placé sous protection judiciaire

Ce que l'on sait vraiment

Le 5 août 2026, le groupe néerlandais Accell a obtenu un sursis de paiement provisoire pour ses entités néerlandaises. Derrière ce jargon, il y a Haibike, Ghost, Lapierre, Winora, Raleigh, Batavus, Koga, Sparta, Babboe, Carqon et XLC.

Le sursis de paiement n'est pas une faillite

Première chose à remettre d'aplomb : plusieurs titres ont parlé de faillite. C'est faux, en tout cas à ce stade.

Ce qu'Accell a obtenu s'appelle une voorlopige surseance van betaling, un sursis de paiement provisoire accordé par un tribunal néerlandais. Concrètement, l'entreprise ne peut plus honorer ses échéances, alors la justice gèle les créances et nomme des administrateurs judiciaires. C'est une bouffée d'oxygène sous contrôle du juge, pas un rideau qui tombe.

En droit français, on parlerait de procédure de sauvegarde ou de redressement. La liquidation reste une issue possible, mais elle n'est pas actée.

Deuxième précision qui a son importance : la mesure ne concerne que la holding Accell Group Holding B.V. et ses filiales néerlandaises. Le groupe n'a même pas précisé lesquelles. Et il n'a rien dit du statut de ses entités allemandes, celles qui portent Haibike, Ghost et Winora.

Sur la production, les livraisons, les garanties et les pièces détachées, aucune information à ce jour. C'est bien le problème.

Un rachat qui capote à la dernière minute

Le déclencheur est brutal. Depuis des mois, Accell négociait sa reprise par Dutech Group, un investisseur basé à Singapour.

Le dossier avait passé toutes les étapes. L'autorité de la concurrence allemande a donné son feu vert le 8 juillet 2026, suivie par ses homologues autrichienne et polonaise. Il ne manquait plus que la signature.

Elle n'est jamais venue. Dans la nuit du 4 au 5 août, l'opération a échoué. Ni Accell ni Dutech n'ont expliqué pourquoi, et personne ne le sait aujourd'hui. Le communiqué du groupe ne cite même pas Dutech par son nom : il évoque des « discussions avec plusieurs parties intéressées » et « différentes offres » n'ayant abouti à aucune solution viable.

Jonas Nilsson, le PDG, parle d'une situation « profondément triste et frustrante » et dit vouloir travailler avec les administrateurs pour préserver les activités viables et l'emploi. Environ 3 700 personnes travaillent pour le groupe dans une quinzaine de pays.

Un peu d'histoire : d'ATAG à KKR

Accell n'est pas né dans le vélo. Le groupe est issu en 1998 d'une scission d'ATAG Holding, un conglomérat néerlandais qui vendait aussi des appareils de chauffage et qui avait mis la main sur le fabricant Batavus au milieu des années 80. La branche cycle est isolée, baptisée Accell, et introduite en Bourse à Amsterdam.

Ensuite, c'est trente ans de rachats. Lapierre d'abord, dont Accell prend 33 % en 1993 avant d'acquérir la totalité en 1996. Puis Koga, Winora et sa marque Haibike, Ghost, l'italien Atala en 2011, le britannique Raleigh en 2012, le spécialiste néerlandais du cargo Babboe en 2018.

Le groupe devient le numéro un européen du vélo électrique et le deuxième acteur du continent en pièces et accessoires. En 2021, il pèse 1,377 milliard d'euros de chiffre d'affaires.

Et puis arrive 2022. Le fonds américain KKR rachète Accell pour environ 1,56 milliard d'euros et le retire de la cote. En plein boom post-Covid, au sommet du marché.

Le timing était mauvais. Très mauvais.

La descente : stocks, remises et affaire Babboe

Ce qui suit, tout le secteur l'a vécu. La demande s'effondre plus vite que prévu, les distributeurs restent assis sur des stocks énormes, et le marché bascule dans une guerre des promotions. Accell encaisse des dépréciations massives sur ses stocks.

Fin 2023, l'agence Fitch dégrade la note du groupe pour la troisième fois de l'année, jusqu'au niveau CCC. Traduction : risque de défaut élevé.

Février 2024, le coup de grâce. L'autorité néerlandaise de sécurité des produits interdit la vente des vélos cargos Babboe après des signalements de cadres qui se fissurent, voire cassent. Rappel de 22 000 vélos, enquête pénale sur la manière dont la filiale a traité les alertes. Coût estimé pour le groupe : 50 millions d'euros.

Pendant ce temps, le plan « One Accell » centralise les fonctions, ferme des sites et supprime des postes. La production de Ghost quitte Waldsassen pour la Hongrie et la Turquie. Sparta est absorbée par Batavus.

Côté finances, deux restructurations coup sur coup. En octobre 2024, les créanciers acceptent de ramener la dette d'environ 1,4 milliard à 800 millions d'euros. En février 2026, nouvelle opération : KKR se retire, les créanciers prennent la propriété du groupe en échange d'argent frais. Accell précisait alors lui-même que cette structure n'était pas une solution durable.

Les pertes de KKR sur l'aventure sont estimées à plus d'un milliard d'euros.

Lapierre joue sa propre partition à Dijon

Pour nous, c'est le volet le plus concret. Le même 5 août, Cycles Lapierre a déposé auprès du tribunal de commerce de Dijon une demande d'ouverture de redressement judiciaire. Audience prévue le 25 août 2026.

Ce n'est pas une demande de liquidation. L'objectif affiché est d'obtenir une période d'observation pour poursuivre l'activité et faire entrer un investisseur.

Les chiffres communiqués par l'entreprise : 106 collaborateurs, 99,1 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025, plus de 800 revendeurs. Lapierre annonce aussi avoir réduit ses stocks de produits finis de près de 47 % entre fin 2023 et fin 2024, et sa perte d'exploitation de 41 % entre 2024 et 2025.

« Nous ne déposons pas cette demande pour renoncer. Nous la déposons pour nous donner les moyens de nous battre », déclare William Perrier, le directeur général.

La marque dijonnaise fêtera ses 80 ans cette année. Elle a écrit une partie de l'histoire du VTT français, de Nicolas Vouilloz au titre mondial de descente décroché en 2015. Ça compte, même si ça ne paie pas les fournisseurs.

Et si j'ai un Haibike ou un Lapierre au garage ?

Soyons honnêtes : personne ne peut vous garantir quoi que ce soit aujourd'hui. Mais quelques réflexes de bon sens s'imposent.

Votre vélo continue de rouler, évidemment. La garantie légale de conformité, elle, s'exerce d'abord auprès du vendeur, donc de votre revendeur, pas du fabricant. C'est une différence utile à connaître.

Si vous avez une commande en cours ou un litige non résolu, prenez contact avec votre magasin dès maintenant plutôt que dans trois semaines. Et si vous lorgnez une pièce spécifique — amortisseur propriétaire, batterie, capot moteur, patte de dérailleur —, c'est peut-être le bon moment pour ne pas trop attendre.

Par contre, méfiance sur les déstockages qui vont arriver. Un VTTAE à moins 50 % reste une bonne affaire uniquement si le service après-vente suit derrière.

Mon avis

Ce dossier dit quelque chose de plus large que le seul cas Accell. On a laissé des fonds d'investissement acheter des marques de vélo au prix fort, sur la foi d'une demande dopée par le confinement, avec de la dette en face. Le marché est revenu à la normale, et la dette est restée.

Les trois issues possibles sont connues : un sauvetage du groupe à peu près intact, un démantèlement où chaque marque trouve son repreneur, ou la mise au placard de certaines d'entre elles. Tout le reste est de la spéculation.

FAQ

Qu'est-ce que le sursis de paiement provisoire obtenu par Accell ?

Le 5 août 2026, le groupe néerlandais Accell a obtenu un sursis de paiement provisoire, ce qui signifie :

  • Une protection temporaire contre les créanciers.
  • Un gel des créances par le tribunal néerlandais.
  • La nomination d'administrateurs judiciaires pour superviser la situation.

Est-ce que cela signifie qu'Accell est en faillite ?

Non, le sursis de paiement n'est pas synonyme de faillite. Il s'agit d'une procédure judiciaire permettant à l'entreprise de réorganiser ses finances. En droit français, cela correspondrait à une procédure de sauvegarde ou de redressement.

Quelles entités sont concernées par ce sursis de paiement ?

Le sursis de paiement concerne uniquement :

  • La holding Accell Group Holding B.V.
  • Ses filiales néerlandaises.

Les détails concernant les entités spécifiques n'ont pas été précisés.

Quelle est la situation des entités allemandes d'Accell ?

Aucune information n'a été fournie sur le statut des entités allemandes, notamment celles qui portent les marques Haibike, Ghost et Winora.

Quel est l'impact sur la production et les livraisons ?

À ce jour, il n'y a pas d'informations concernant :

  • La production.
  • Les livraisons.
  • Les garanties.
  • Les pièces détachées.

Ceci reste un point préoccupant pour les clients et partenaires.

Pourquoi la reprise par Dutech Group a-t-elle échoué ?

La reprise par Dutech Group a échoué de manière inattendue. Les raisons de cet échec ne sont pas claires, mais voici quelques points à noter :

  • Le processus de reprise avait passé toutes les étapes réglementaires.
  • L'autorité de la concurrence allemande avait donné son accord le 8 juillet 2026.
  • Accell n'a pas divulgué de détails sur l'échec, se contentant de mentionner des « discussions avec plusieurs parties intéressées ».

Quelle est la réaction du PDG d'Accell face à cette situation ?

Jonas Nilsson, le PDG d'Accell, a qualifié la situation de :

  • « Profondément triste et frustrante ».
  • Il a exprimé son souhait de travailler avec les administrateurs pour préserver les activités viables et l'emploi.

Quel est le nombre d'employés travaillant pour Accell ?

Environ 3 700 personnes travaillent pour le groupe Accell, réparties dans une quinzaine de pays.

Quelle est l'histoire d'Accell ?

Accell a été fondé en 1998 suite à une scission d'ATAG Holding. Voici quelques étapes clés de son histoire :

  • Acquisition de Batavus dans les années 80.
  • Introduction en Bourse à Amsterdam.
  • Rachats successifs de plusieurs marques comme Lapierre, Koga, Winora, Haibike, Ghost, et d'autres.

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