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Cycles Lapierre en redressement judiciaire

80 ans d'une marque française suspendus à une audience

Publié le 06 Aoû 2026
Lecture 10 min de lecture
Cycles Lapierre en redressement judiciaire

80 ans d'une marque française suspendus à une audience

 Le 5 août 2026, Cycles Lapierre a déposé une demande d'ouverture de redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Dijon. L'audience est fixée au 25 août.

Pour une marque qui fête ses 80 ans cette année, l'anniversaire a un goût amer.

Le même jour, sa maison mère néerlandaise Accell obtenait un sursis de paiement aux Pays-Bas. Les deux dossiers sont liés, mais ce sont bien deux procédures distinctes, dans deux pays différents. Et pour nous, c'est celle de Dijon qui compte.

Redressement judiciaire ne veut pas dire fermeture

Commençons par ce qui a été mal repris un peu partout. Lapierre n'a pas demandé sa liquidation. L'entreprise a demandé l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire, ce qui est très différent.

Si le tribunal accepte, s'ouvre une période d'observation. L'activité continue, les dettes antérieures sont gelées, et l'entreprise dispose de plusieurs mois pour construire un plan et trouver de l'argent frais.

C'est précisément l'objectif affiché : faire entrer un investisseur, industriel ou financier, capable de financer durablement la marque.

« Nous ne déposons pas cette demande pour renoncer. Nous la déposons pour nous donner les moyens de nous battre », déclare William Perrier, directeur général de Cycles Lapierre depuis octobre 2024. Il ajoute vouloir écrire l'avenir de Lapierre « pour Lapierre », avec son ancrage dijonnais.

Le comité social et économique a été informé et consulté avant le dépôt. Ce n'est pas un détail : ça indique une démarche préparée, pas une décision prise dans l'urgence d'un vendredi soir.

Ce qui a lâché : la perfusion Accell

Lapierre appartient au groupe Accell depuis 1996, après une première prise de participation de 33 % en 1993. Trente ans dans un groupe, ça crée des dépendances.

Informatique, systèmes commerciaux, logistique, achats, usines : Lapierre bénéficiait de la mutualisation du groupe, comme les autres marques. Une partie de la production sortait des usines Accell aux Pays-Bas, en Allemagne, en Hongrie et en Turquie, le montage haut de gamme restant à Dijon.

Quand Accell s'effondre, ce socle disparaît. L'entreprise le formule sans détour dans son communiqué : la disparition du soutien financier du groupe l'oblige désormais à construire seule son avenir.
Traduction : Lapierre ne dépose pas parce que son activité serait moribonde, mais parce que la trésorerie du groupe qui la portait n'existe plus.

Pour comprendre ce qui se joue à l'échelle du groupe, lire notre décryptage sur le placement d'Accell sous protection judiciaire. 

Les chiffres que Lapierre met sur la table

L'entreprise communique des données qui dessinent un redressement déjà entamé. À prendre pour ce qu'elles sont — les chiffres d'une société qui plaide son dossier devant un tribunal —, mais elles sont vérifiables et cohérentes.

Cent six collaborateurs. 99,1 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025. Plus de 800 revendeurs.

Côté assainissement : les stocks de produits finis ont fondu de près de 47 % entre fin 2023 et fin 2024. La perte d'exploitation a été réduite de 41 % entre 2024 et 2025. Et les premiers mois de 2026 montreraient une amélioration des marges.

Autrement dit, l'entreprise perd encore de l'argent, mais elle en perd nettement moins qu'avant. Le problème n'est plus vraiment opérationnel, il est de trésorerie.

C'est ce qui rend le dossier défendable auprès d'un repreneur. Une marque connue, un réseau de 800 revendeurs, des stocks nettoyés, une courbe qui remonte. Ça se vend mieux qu'un canard boiteux.

1946-2026 : comment Dijon est devenu une adresse du VTT

Un rappel s'impose, parce que la génération qui découvre le VTTAE ne mesure pas forcément ce que Lapierre représente.

Gaston Lapierre fonde l'entreprise à Dijon en 1946. On y fabrique d'abord des vélomoteurs, puis rapidement des vélos en acier. Son fils Jacky reprend les rênes dans les années 60, avant que la troisième génération ne prenne le relais.

Le tournant, c'est les années 80. Lapierre fait partie des premiers constructeurs européens à croire au VTT, à une époque où beaucoup y voyaient une mode américaine passagère. La marque sponsorise des équipes dès 1988.

Puis viennent les années qui ont marqué toute une génération de pratiquants. En 2003, Nicolas Vouilloz — dix fois champion du monde de descente — rejoint le département R&D de la marque. Il y reviendra ensuite comme consultant, et son empreinte sur les vélos de gravité de Dijon est réelle, pas décorative.

2007 : le système anti-pompage OST apparaît sur les Zesty, Spicy et Froggy. Ces trois noms deviennent des références en all-mountain, enduro et freeride.

2008 : Lapierre conçoit avec JCDecaux les Vélib' parisiens et les Vélo'v lyonnais. Une parenthèse loin des sentiers, mais un joli morceau d'histoire industrielle.

2013 : lancement du concept Overvolt, avec deux VTT à assistance électrique. À cette date, il n'y a pas grand monde sur le créneau. Lapierre est l'un des tout premiers constructeurs européens à prendre le VTTAE au sérieux.

2015 : Loïc Bruni décroche le titre de champion du monde élite de descente sous les couleurs du Team Lapierre Gravity Republic. Vouilloz termine cinquième du général des Enduro World Series la même saison, et Adrien Dailly remporte l'EWS en U21.

Plus récemment, la marque a tourné la page de dix-sept ans de partenariat avec la FDJ pour équiper l'équipe Picnic PostNL depuis janvier 2025.

Bref, ce n'est pas une marque de catalogue. C'est un morceau du patrimoine du VTT français.

Qui peut reprendre Lapierre ?

Personne ne le sait à ce jour, et méfiez-vous de ceux qui prétendent le contraire.

Ce que l'on sait, c'est que la recherche d'un investisseur est engagée et que l'entreprise a sollicité en parallèle la Préfecture, les services de l'État, la région Bourgogne-Franche-Comté, Dijon Métropole et la Ville de Dijon, ainsi que ses banques, ses clients, ses fournisseurs et ses partenaires logistiques.

Lapierre précise que cette mobilisation territoriale ne vise pas à remplacer l'investissement privé. C'est une formule prudente, et honnête : les collectivités peuvent créer des conditions favorables, elles ne signeront pas le chèque.

Les profils envisageables se comptent sur les doigts d'une main. Un industriel du cycle cherchant une marque premium et un réseau français. Un fonds spécialisé dans le retournement. Ou, scénario que beaucoup espèrent à Dijon, un montage impliquant l'équipe dirigeante.

Une inconnue de taille demeure : à qui appartiendront la marque Lapierre elle-même, et les actifs éventuellement logés ailleurs dans l'organigramme d'Accell. Dans ce genre de dossier, c'est souvent là que ça coince.

Concrètement, si vous roulez en Lapierre

Votre vélo n'a pas changé de nature entre mardi et mercredi. Il roule toujours aussi bien.

Pour la garantie, le réflexe utile : elle s'exerce d'abord auprès du vendeur, donc de votre revendeur, au titre de la garantie légale de conformité. Ce n'est pas au fabricant que vous vous adressez en premier. Sur un vélo acheté il y a deux ou trois ans, ça change beaucoup de choses.

Le point de vigilance réel, ce sont les pièces spécifiques. Amortisseur au format propriétaire, patte de dérailleur, roulements de suspension, capot de batterie, faisceau moteur. Sur un Zesty, un Spicy ou un Overvolt, ce sont ces pièces-là qui deviennent difficiles à trouver quand un constructeur traverse une zone de turbulences.

Si vous en cherchez une, ne repoussez pas à la rentrée. Et si votre revendeur en a en stock, c'est le moment de le remercier d'exister.

Pour un achat neuf, en revanche, pas de panique excessive : les remises vont arriver, et un bon vélo reste un bon vélo. Vérifiez simplement que votre revendeur assure le suivi, parce que c'est lui qui portera le SAV pendant que le dossier se décante.

Mon avis

Ce qui me frappe dans ce dossier, c'est que Lapierre paie surtout l'addition d'une opération financière à laquelle elle n'a pas participé. Le rachat d'Accell par KKR en 2022, au sommet du marché post-Covid et à coups de dette, a fini par emporter le groupe. Dijon se retrouve à en assumer les conséquences.

Les fondamentaux de la marque, eux, ne sont pas absurdes. Une notoriété qui dépasse largement nos frontières, 800 revendeurs, un savoir-faire de conception, des gammes VTT crédibles et une antériorité rare sur le VTTAE.

Reste que 106 emplois sont en jeu, et que trois semaines, c'est court pour boucler ce genre de dossier. On saura le 25 août si le tribunal ouvre la procédure. Ce sera la première bonne nouvelle possible.

D'ici là, je vous propose de faire la chose la plus utile qui soit : aller rouler, et passer commande chez votre vélociste plutôt que sur une marketplace. C'est lui qui tient la boutique quand les groupes vacillent.

FAQ

Qu'est-ce qui s'est passé avec Cycles Lapierre en août 2026 ?

Cycles Lapierre a déposé une demande d'ouverture de redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Dijon le 5 août 2026. L'audience a été fixée au 25 août.

Pourquoi cette demande de redressement judiciaire a-t-elle été faite ?

La demande de redressement judiciaire a été formulée pour permettre à l'entreprise de continuer son activité tout en gelant ses dettes antérieures. Cela vise à donner à Cycles Lapierre le temps de construire un plan pour attirer un investisseur capable de financer durablement la marque.

Quelle est la différence entre redressement judiciaire et liquidation ?

  • Le redressement judiciaire permet à l'entreprise de continuer son activité tout en se restructurant.
  • La liquidation entraîne la fermeture immédiate de l'entreprise et la vente de ses actifs.

Quel est l'objectif de Cycles Lapierre avec cette procédure ?

L'objectif est de trouver un investisseur, qu'il soit industriel ou financier, pour soutenir financièrement la marque et assurer son avenir.

Qui est William Perrier et quel est son rôle dans cette situation ?

William Perrier est le directeur général de Cycles Lapierre depuis octobre 2024. Il a exprimé la volonté de l'entreprise de se battre pour son avenir et de rester ancrée à Dijon.

Le comité social et économique a-t-il été impliqué dans le processus ?

Oui, le comité social et économique a été informé et consulté avant le dépôt de la demande de redressement judiciaire, indiquant une démarche préparée.

Comment la situation financière de Lapierre est-elle liée à celle de son groupe Accell ?

Lapierre appartient au groupe Accell depuis 1996. La dépendance au groupe a été forte, notamment en matière de logistique et de soutien financier. La défaillance financière d'Accell a donc impacté directement la trésorerie de Lapierre, obligeant l'entreprise à se reconstruire seule.

Quelles sont les implications de la disparition du soutien financier d'Accell ?

La disparition de ce soutien a contraint Lapierre à chercher des solutions indépendantes pour son avenir, sans l'assistance logistique et financière du groupe Accell.

Quels chiffres ont été communiqués par Lapierre concernant sa situation financière ?

Lapierre a communiqué des données indiquant qu'elle compte 106 collaborateurs et que son chiffre d'affaires s'élève à 99,1 millions d'euros. Ces chiffres sont à considérer dans le cadre de la procédure judiciaire et doivent être vérifiés.

Où puis-je trouver plus d'informations sur le groupe Accell et sa situation financière ?

Pour des informations détaillées sur le groupe Accell et son placement sous protection judiciaire, il est conseillé de lire les décryptages et analyses disponibles dans les médias spécialisés.

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