Ghost, YT, Kona, GT, Lapierre… Depuis trois ans, la liste des marques de VTT en difficulté s'allonge. Mais derrière le mot « faillite », les situations sont très différentes. J'ai fait le tri.
Dernière en date : Ghost. La marque bavaroise ferme après trente-trois ans, faute de repreneur. Je vous ai expliqué les raisons de cette fermeture il y a quelques jours.
Ghost n'est pas un cas isolé. Depuis la fin du boom du Covid, des marques que l'on croyait indéboulonnables ont vacillé. Certaines ont disparu. D'autres ont été rachetées, parfois par leurs propres fondateurs. Et quelques-unes sont encore dans la salle d'attente du tribunal.
Pourquoi autant de marques tombent
Le scénario est presque toujours le même.
Entre 2020 et 2022, tout le monde voulait un vélo. Les marques ont passé des commandes massives, parfois très longtemps à l'avance, pour contourner la pénurie de composants.
Problème : ces vélos sont arrivés quand la demande retombait. Les entrepôts ont débordé, et les remises ont suivi. Difficile de vendre un modèle neuf au prix fort quand celui de l'an passé est soldé à côté.
Ajoutez la hausse des taux d'intérêt et les rachats par des fonds d'investissement financés à crédit. Le cas d'Accell est emblématique. Le groupe avait été racheté en 2022 par un consortium mené par le fonds américain KKR, pour environ 1,56 milliard d'euros. En pleine euphorie. Le 11 août 2026, ses sociétés néerlandaises étaient déclarées en faillite à Amsterdam.
Petite précision de vocabulaire, car on lit souvent tout et son contraire. Un redressement judiciaire n'est pas une faillite : l'entreprise continue de tourner pendant qu'on cherche une solution. La liquidation, elle, signe la fin.
Celles qui ont fermé
Ghost est le cas le plus récent. Le tribunal de Schweinfurt a ouvert la procédure d'insolvabilité de Ghost-Bikes GmbH le 1er novembre 2026. Le stock restant sera vendu en un seul lot, et les 53 salariés encore en poste perdent leur emploi. Pendant ce temps, ses voisines Haibike et Winora ont trouvé preneur. Cruel.
Côté suisse, Transalpes a lui aussi cessé son activité cet été, et sa manufacture est à vendre.
Il y a enfin les disparitions plus discrètes. En octobre 2026, Santa Cruz a réintégré Juliana, sa marque dédiée aux femmes, autonome depuis 2013. Ce n'est pas une faillite mais un choix de Pon, le groupe propriétaire. Les garanties passent chez Santa Cruz. Pas de drame pour les propriétaires, donc, mais une marque de moins dans les catalogues.
Celles qui ont été sauvées
C'est la bonne nouvelle de cette crise : une marque qui a une vraie identité trouve souvent quelqu'un pour la relancer.
YT Industries en est le meilleur exemple. Lâchée par son actionnaire principal, un fonds d'investissement, la marque allemande est entrée en insolvabilité à l'été 2025. Son fondateur, Markus Flossmann, l'a rachetée et relancée sous une nouvelle société, Young Talent Industries, à partir de la mi-novembre 2025. YT est même revenue sur le marché américain en septembre 2026.
Même histoire chez Kona. Vendue à Kent Outdoors début 2022, la marque canadienne a été remise en vente deux ans plus tard. En mai 2024, deux de ses fondateurs de 1988, Dan Gerhard et Jake Heilbron, l'ont rachetée. Premier geste : arrêter la vente directe pour revenir vers les magasins.
Rocky Mountain, autre pilier canadien, s'est placé sous la protection de ses créanciers fin 2024. Le 9 mai 2025, ses actifs ont été repris par Chaos Sports, un groupe de quatre investisseurs québécois, qui s'est engagé à honorer les garanties.
Au Royaume-Uni, Orange Bikes est passé par l'administration (l'équivalent britannique d'une procédure collective) fin 2023. La marque a été sauvée début 2024 par son propriétaire, Ashley Ball, qui a repris au passage l'entreprise qui fabrique ses cadres.
Pole aussi revient de loin. Le fabricant finlandais, connu pour ses cadres en aluminium usinés, a déposé le bilan en avril 2024. Son fondateur, Leo Kokkonen, a racheté la marque et sa propriété intellectuelle, et prépare son retour avec un premier VTTAE.
Dans le giron d'Accell, Haibike et Winora s'en sortent également. Un contrat de reprise a été signé le 29 octobre 2026 avec Bike Tree, rattachée au groupe singapourien Dutech. Avec, quand même, 73 postes supprimés selon la presse allemande.
Celles qui sont en suspens
Reste la catégorie la plus inconfortable : les marques ni mortes, ni vraiment vivantes.
GT, d'abord. En décembre 2024, Pon a stoppé le développement de nouveaux modèles et réduit les effectifs pour écouler les stocks. Officiellement, ce n'est qu'une « pause ». Près de deux ans plus tard, aucune relance n'a été annoncée.
Niner a suivi le même chemin en mai 2026. Son propriétaire, United Wheels, a mis la marque en pause pour se recentrer sur Huffy, en promettant de maintenir garanties et pièces. Ironie du sort, Niner avait popularisé les roues de 29 pouces… que presque tout le monde utilise aujourd'hui.
Bianchi vient de rejoindre ce club peu enviable. Le 30 septembre 2026, la marque italienne fondée en 1885 a lancé une « composizione negoziata della crisi ». C'est une procédure de négociation avec les banques et les fournisseurs, sous protection du tribunal de Bergame jusqu'à fin janvier 2027, voire fin mai.
Ce n'est pas une faillite : la production continue. Mais la dette atteignait environ 100 millions d'euros fin 2024. En cause, notamment, une usine flambant neuve à Treviglio, à plus de 40 millions d'euros, qui tournerait aujourd'hui au quart de sa capacité. Le plan de relance mise sur la route et le gravel haut de gamme, en réduisant la voilure sur l'électrique. Pour le VTT, ce n'est pas franchement bon signe.
Et puis il y a Lapierre. Le tribunal de commerce de Dijon a ouvert son redressement judiciaire le 25 août 2026, avec une période d'observation de six mois. La marque dijonnaise a donc jusqu'à fin février 2027 pour trouver un investisseur. C'est le dossier que je suivrai de plus près.
Côté vélo électrique, le français Neomouv est dans la même situation depuis le 29 septembre 2026. Son chiffre d'affaires a été divisé par deux entre 2022 et 2024.
Vous roulez sur une de ces marques ?
Pas d'inquiétude immédiate : votre vélo ne va pas s'arrêter de rouler du jour au lendemain.
En France, si vous l'avez acheté neuf chez un professionnel, la garantie légale de conformité de deux ans est due par le vendeur. Votre magasin reste donc votre premier interlocuteur.
La garantie commerciale du fabricant sur le cadre, en revanche, dépend de qui reprend quoi. Un repreneur qui rachète une marque ne récupère pas forcément les engagements de l'ancienne société.
Le vrai point faible, ce sont les pièces propres au cadre : patte de dérailleur, biellettes, roulements, axes spécifiques. Sur un VTTAE à système propriétaire, ajoutez la batterie et l'écran. J'ai détaillé tout ça dans mon article sur Ghost, et les conseils valent pour toutes les marques.
Enfin, si vous tombez sur un déstockage à prix cassé, posez-vous une seule question avant de sortir la carte bleue : qui assurera le SAV dans trois ans ?
