Une roue de 27,5 à l'arrière d'un 29 pouces, ce n'est pas qu'un changement de roue
Vous avez un 29 pouces. Vous lisez partout que le mullet, c'est le meilleur des deux mondes. Et vous vous dites qu'une roue arrière en 27,5, après tout, ça se trouve.
Techniquement, oui. Ça se monte en vingt minutes.
Sauf que vous ne changez pas une roue. Vous changez la géométrie de tout le vélo. Et selon le cadre que vous avez sous les fesses, le résultat va de « nettement mieux » à « franchement moins bien ». Je vous propose de regarder ça de près.
Petite précision d'entrée : je n'ai pas fait cette conversion moi-même. Ce qui suit repose sur la géométrie, les retours des constructeurs et ceux des pratiquants qui s'y sont collés, pas sur mon ressenti terrain. Je vous le dis parce que ça compte.
Mulet, mullet, et une coupe de cheveux
Le terme vient de la coiffure : court devant, long derrière. Les anglophones disent mullet, et en français on écrit indifféremment mullet ou mulet. Les deux désignent la même chose, un vélo avec deux diamètres de roues différents.À ne pas confondre avec le vélo mulet du jargon route, qui désigne la monture de secours ou d'entraînement, celle qu'on sort quand la belle est au garage. Même mot, deux sens. Le contexte tranche en général assez vite.
Pourquoi une roue plus petite à l'arrière
L'idée vient du motocross, et elle est simple. Devant, on veut du franchissement, de la stabilité et de l'adhérence : la grande roue fait ça très bien. Derrière, on veut de la maniabilité et du dégagement : la grande roue devient encombrante.
Sur un vélo à gros débattement, la roue arrière de 29 a une fâcheuse tendance à venir chercher le short du pilote dans les positions très reculées, en pente raide. Une 27,5 règle ce problème et libère de la place.
Elle raccourcit aussi l'empattement, ce qui rend le vélo plus vif dans les virages serrés. Et elle encaisse mieux les chocs, parce qu'une roue plus petite est mécaniquement plus rigide à construction équivalente.
L'UCI a autorisé les roues dépareillées en compétition en 2019. La suite, vous l'avez vue : les podiums de descente et d'enduro se sont couverts de mullets, et les constructeurs ont suivi.
Ce que ça change sur la géométrie

C'est ici que ça devient intéressant.
Une roue de 29 avec son pneu mesure environ 740 mm de diamètre. Une 27,5, environ 700 mm. Vous enlevez donc à peu près 40 mm de diamètre, soit 20 mm de rayon. L'axe arrière descend d'autant.
Le cadre bascule alors vers l'arrière, en pivotant autour du point de contact de la roue avant. Quatre choses bougent en même temps.
Le boîtier de pédalier descend. De l'ordre de 10 à 12 mm selon les sources et selon la longueur des bases. Sur un vélo déjà bas, vous allez taper des pédales dans les cailloux. Ce n'est pas une vue de l'esprit, c'est le premier reproche qui remonte des pratiquants.
L'angle de direction s'ouvre. Comptez entre un demi-degré et un degré. Plus stable en descente rapide, plus flou à basse vitesse. La plupart des gens trouvent ça positif.
L'angle de selle s'ouvre d'autant. Et là, c'est un vrai inconvénient. Votre selle recule par rapport au pédalier, donc vous pédalez assis plus en arrière. Sur les vélos modernes dont l'angle de selle a été redressé exprès pour grimper, vous défaites une partie du travail des ingénieurs. La roue avant se lève plus facilement dans les montées raides.
Le reach raccourcit de quelques millimètres. Le vélo devient un peu plus compact.
Ajoutez à ça le point que personne ne met en avant : votre roue arrière franchit moins bien. C'est la contrepartie logique. Sur les marches et les racines sèches, elle accroche là où la 29 passait. En terrain très cassant, ça se sent.
Les cadres prévus pour, et les autres
Si votre cadre a un flip chip — cette petite pièce réglable au niveau de l'amortisseur ou du bras arrière — regardez la notice avant tout le reste. Beaucoup de modèles récents proposent explicitement une position mullet qui rattrape la hauteur de boîtier et les angles. Dans ce cas, la conversion est propre et le constructeur l'assume.
Si votre cadre n'a rien de tel, vous subissez les changements ci-dessus sans compensation. Ça peut très bien passer sur un vélo dont le boîtier était haut au départ, souvent les modèles un peu anciens. Ça passe beaucoup moins sur un enduro moderne très bas.
Deux solutions de rattrapage existent. Les bagues d'amortisseur excentrées remontent le boîtier, mais elles ouvrent encore l'angle de direction — vous corrigez un défaut en en creusant un autre. Et les manivelles courtes, en 165 mm, réduisent le risque de taper sans toucher à la géométrie. C'est la piste la plus simple.
Dernier point à vérifier avant de sortir la carte bleue : le dégagement. Certains cadres 29 ont un pontet de base sculpté autour d'une grande roue. Un pneu de 27,5 en section large n'y rentre pas forcément bien, ou le gain de dégagement attendu ne se matérialise pas. Un coup d'œil, ou un appel au fabricant, évite une mauvaise surprise.
Le cas particulier du VTTAE
Le VTTAE est le terrain naturel du mullet, et pour une bonne raison.
Le moteur occupe la place, ce qui complique le dessin de bases courtes. Une roue arrière plus petite redonne aux ingénieurs la marge qu'ils n'ont pas. C'est pour ça que tant de VTTAE modernes sortent d'usine en configuration mixte.
La plus petite roue apporte aussi de la traction dans les montées raides et les épingles. Avec l'assistance, on grimpe des choses qu'on ne grimperait pas en musculaire, et l'adhérence arrière devient le facteur limitant.
En revanche, le défaut de franchissement arrière reste. Simplement, sur un VTTAE, on le sent moins : le moteur remet du couple et le vélo repart.
Ce qu'il vous faut concrètement
Une roue arrière de 27,5 au même standard de moyeu que l'actuelle, généralement Boost 148 mm. C'est le point à vérifier en premier. Comptez entre 200 et 400 euros pour une roue correcte, plus le pneu.
Il faudra transférer la cassette et le disque de frein. Rien de sorcier, mais vérifiez que l'étrier reste bien aligné.
Et prévoyez de refaire vos réglages de suspension. Avec un angle de direction plus ouvert, vous mettez moins de poids sur la fourche : elle vous paraîtra plus dure qu'avant à pression identique.
Gardez votre roue de 29. D'une part pour revenir en arrière si l'essai ne vous convainc pas, d'autre part parce qu'une roue arrière de secours, ça finit toujours par servir.
Mon avis
Le mullet n'est ni une mode creuse ni une révolution. C'est un choix de géométrie, avec des vraies contreparties, qui fonctionne très bien quand le cadre a été pensé pour et beaucoup moins bien quand on l'improvise.
Si votre vélo a une position mullet officielle, essayez, ça ne coûte qu'une roue et vous pouvez revenir en arrière. Si votre vélo n'a rien de prévu et un boîtier déjà bas, réfléchissez à deux fois : vous risquez de passer votre saison à compter les coups de pédale dans les cailloux.
Et si vous hésitez surtout parce que vos copains sont passés au mullet, gardez votre 29. Un vélo bien réglé que vous connaissez par cœur vaut mieux qu'une géométrie tordue à la mode.
Pour approfondir la question des diamètres, vous pouvez relire nos guides sur les diamètres de roues en VTT, la roue de 29 pouces et la roue de 27,5 pouces.
