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Canyon licencie 20% de ses effectifs

Après plusieurs années de turbulences financières, le fabricant allemand Canyon annonce une restructuration d'envergure avec la suppression de 320 postes, soit 20% de son personnel. Une décision douloureuse qui intervient dans un contexte de transformation profonde du marché du vélo.

Un plan de licenciement massif à Coblence et Amsterdam

Canyon a annoncé qu'elle supprimera jusqu'à 320 postes parmi ses 1 600 employés dans ses sites de Coblence en Allemagne et d'Amsterdam aux Pays-Bas. Cette annonce, faite directement par Roman Arnold, fondateur de la marque et président exécutif depuis septembre dernier, marque un tournant brutal pour l'entreprise qui avait connu une croissance spectaculaire pendant la pandémie.
"Dans le cyclisme, on ne gagne pas une course par la taille, mais par la rapidité, la précision et l'agilité", a déclaré Arnold pour justifier cette restructuration. Le fondateur, de retour aux commandes après le départ du précédent CEO Nicolas de Ros Wallace, reconnaît que des "silos internes se sont formés ici et là" et que l'entreprise est devenue "un peu bureaucratique".

Une situation financière préoccupante

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Canyon a enregistré une perte nette de 38 millions d'euros en 2024, contre 14 millions l'année précédente, malgré un chiffre d'affaires stable autour de 792 millions d'euros. Sur les neuf premiers mois de 2025, le chiffre d'affaires a reculé de 7%, tandis que l'EBITDA (résultat d'exploitation) s'est effondré de 29%.
Ces difficultés s’expliquent par plusieurs facteurs, notamment une politique de remises agressives sur l’ensemble du marché du vélo, particulièrement sur les segments des VTT électriques et urbains, ainsi qu’un rappel massif de batteries sur les modèles Spectral : ON et Torque : ON, qui a pesé lourdement sur les comptes.
Pour le Groupe Bruxelles Lambert (GBL), actionnaire majoritaire de Canyon avec 51,3% du capital depuis son investissement de 400 millions d'euros en 2020, la désillusion est totale. La valeur de ses parts dans Canyon s'élève désormais à seulement 261 millions d'euros, soit une chute de 43% par rapport aux 460 millions d'euros de 2023.

Un marché du vélo en pleine mutation

Canyon n'est pas le seul acteur à souffrir. L'ensemble de l'industrie du cycle traverse une période difficile après le boom de la pandémie. La consolidation du secteur, les tensions géopolitiques, les tarifs douaniers américains et les perspectives économiques moroses pèsent sur toutes les marques.
"Après des années de forte croissance, particulièrement durant le boom Covid entre 2020 et 2023, l'entreprise vise maintenant à réduire la complexité et simplifier ses processus", explique Canyon dans son communiqué.

Le pari du vélo électrique malgré la tempête

Paradoxalement, alors même qu'elle licencie massivement, Canyon annonce l'ouverture au printemps 2026 d'un nouveau centre dédié aux vélos électriques à Coblence. Cette stratégie peut sembler contradictoire, mais elle s'inscrit dans une volonté de se recentrer sur les segments à forte croissance.
"Dans un marché de plus en plus dominé par les vélos électriques, Canyon construit l'infrastructure pour offrir une expérience produit de première classe aux clients", indique la marque. Ce nouveau showroom avec zone d'essai fera partie intégrante du futur Canyon Campus qui verra le jour dans la ville allemande.

L'ambition d'atteindre le milliard d'euros

Malgré ces difficultés, Roman Arnold garde le cap et vise toujours un chiffre d'affaires d'un milliard d'euros d'ici 2028. Pour y parvenir, Canyon mise sur plusieurs leviers : le développement de sa présence locale sur ses marchés clés (Europe, Asie, Chine, États-Unis), l'ouverture de boutiques physiques, comme à Munich récemment, et le programme MyCanyon qui permet aux clients de personnaliser leur vélo.
Les licenciements déjà opérés aux États-Unis en avril 2025 s'inscrivaient déjà dans cette logique de rationalisation. Canyon affirme vouloir "allouer stratégiquement les ressources là où elles créent une valeur ajoutée durable".

Un processus "le plus responsable possible"

Face à cette situation, Roman Arnold se veut rassurant sur la gestion humaine de cette restructuration : "Canyon est une communauté soudée, unie par la passion du vélo. Il est donc particulièrement douloureux de devoir nous séparer de collègues estimés. C'est pourquoi il est d'autant plus important pour moi de mener ce processus de la manière la plus responsable possible."
Le comité d'entreprise a été informé de ces suppressions de postes qui toucheront tous les départements. Cette réorganisation s'annonce comme l'une des plus importantes jamais connues par la marque allemande depuis sa création.

La situation de Canyon illustre les défis auxquels fait face l'industrie du vélo après l'euphorie de la pandémie. Entre stocks excédentaires, guerre des prix et mutation vers l'électrique, les fabricants doivent se réinventer pour survivre dans ce nouveau paysage concurrentiel.

Le site Canyon

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